Quarantaine – 1 /The Lake

Premier segment :

C’est dans un vacarme tonitruant que les machines prirent vie.

Aussitôt le code d’accès entré et la première batterie de tests biométriques admise, la danse de la flamboyante haute technologie informatique et électronique laissait place à une démonstration de force écrasante d’une mécanique indélicate à la fiabilité incontestable.

Avec puissance et splendeur, les multiples engrenages et vérins faisaient coulisser la première porte du sas de sûreté dont la réalisation était – depuis le Grand Plongeon et jusqu’à présent – l’une des plus grandes merveilles jamais réalisées. Un système soigneusement étudié, détaillé, exploré, reproduit et exploité de manière optimale au service de la quête fondamentale de l’humanité: la Pureté.

C’était un début de semaine comme les autres pour les commerçants de la Guilde du Textile. Le premier jour de chaque cycle, ils réunissaient leurs affaires pour se rendre dans leur boutique ou faire les achats nécessaires dans la zone commune, le Pilier.

Le hall était relativement calme en dehors des manutentionnaires venus aider au transport des marchandises. Il y avait toujours des proches accompagnant les marchands pour les gratifier d’un dernier baiser, d’une dernière accolade ou d’un dernier encouragement.

Syl était venue assister comme toujours au départ de son frère et il fallait bien admettre qu’elle n’était pas là uniquement par amour fraternel. La jeune femme avait toujours nourri une fascination extrême pour le sas et surtout pour ce qui se cachait derrière. Rares étaient ceux qui pouvaient se rendre dans le Pilier.

Chaque Guilde n’avait le droit qu’à un nombre limité de commerçants et de manutentionnaires habilités à emprunter le sas à des dates et horaires précis. La plupart des Guildes du Bloc n°5 avaient choisi une sélection au mérite.

Syl rêvait de devenir l’une des leurs. Être commerçant était un prestige immense. Certes, on était souvent éloigné de ses amis et de sa famille, mais on avait en contrepartie le droit incroyable de passer le sas de sureté, de se joindre aux commerçants de toutes les autres guildes dans le Pilier central et même de ceux des autres blocs.

The Lake

La responsabilité était énorme, l’avenir entier de la Guilde reposait sur la capacité de ses commerçants à la représenter, à vendre ses biens et à lui acquérir des denrées… et la Guilde du Textile était extrêmement bien représentée. Elle avait vécu une ascension phénoménale en une seule génération.

«Aller sœurette, faut que j’y aille, j’ai encore pas mal à faire. Et arrête de te stresser comme ça, tu as tout pour réussir ces exams. Je suis pressé de pouvoir apprendre tout ce que je sais à ma petite sœur», taquina Niels.

«Arrête de me parler comme à une ado et puis si je réussis ils me confieront sûrement pas à toi, pour éviter que tu gonfles mes performances», protesta Syl en croisant les bras.

«C’est ça, joue les gros bras… En tout cas n’oublie pas…»

«Oui, oui, je sais!»

«Tu ferais bien de prendre ça au sérieux, si jamais tu spécules tu te feras recaler directement et tu n’auras peut-être plus d’autre chance.»

« Tout le monde sait ça, pourquoi c’est encore une partie de l’évaluation ?»

«T’as qu’à demander aux examinateurs…» proposa Niels en enlaçant sa sœur en guise d’adieu, «Dis aux parents que je suis désolé de pas avoir pu passer les voir mais je le ferai à… Ah mais c’est pas vrai ! Ils me font quoi ces deux abrutis ?!»

Syl sourit en voyant son frère s’égosiller sur les manutentionnaires. La Guilde du Textile avait peu de colis fragiles mais visiblement l’un des rares qui le soit était malmené.

La jeune fille se disait que cela devait être horriblement dur d’être manutentionnaire. Ceux-ci passaient chaque jour des heures et des heures dans le sas de sureté à transporter, trier et faire stériliser les marchandises exportées et importées. De plus, contrairement aux marchands, ils n’étaient généralement pas admis dans le Pilier.

Seuls les responsables y étaient autorisés.

Quant à elle, si elle ne souhaitait pas finir comme une simple comptable ou distributrice, elle devait réussir son examen final et faire parti des dix meilleurs, puis son projet commercial devait être couronné de succès. Au mieux deux apprentis commerçants seraient désignés pour cette session.

Story by Dassaïd ©2013-2015 BrokenTale, pour l’album BrokenLand.

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